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L'œil de l'expert
L'œil de l'expert

L'innovation, ça se cultive !

Lundi 24 Février 2014  |  L'œil de l'expert
L'innovation, ça se cultive !

Certaines entreprises ou certaines personnes semblent avoir des prédispositions, voire un don pour innover. L’innovation(1) serait-elle innée ?
En réalité, «Tout s'apprend » considère Louis-Jacques Fillion, professeur et titulaire de la Chaire d'entrepreneuriat Rogers-J.-A.-Bombardier à HEC Montréal. Y compris l’inventivité et les capacités créatives.

« Lorsqu'on a commencé à enseigner le management, il y a 40 ans, les gens croyaient qu'on naissait manager. Or, ça s'apprend et plus personne ne questionne cela aujourd'hui. » précise Louis-Jacques Fillion. « L'innovation, c'est la même chose. On a développé beaucoup de connaissances dans ce domaine.»

Innover ou risquer de disparaître

La montée de l’économie numérique et l’émergence de technologies innovantes (réseaux, Big Data, médias sociaux, objets intelligents, robots, nouvelles matières, nanotechnologies…) stimule des marchés émergents ou crée de nouveaux marchés selon des cycles qui se raccourcissent.

La concurrence se fait féroce, les marchés se transforment rapidement suivant le processus de la « destruction créatrice » de J. Schumpeter. Des secteurs d'activité économique entiers peuvent disparaître ; la puissance des entreprises moins innovantes diminue, leurs avantages concurrentiels sont rendus obsolètes, surclassés par d’autres sociétés plus innovantes ou qui créent de nouvelles activités économiques.

Avec le renouvellement rapide de concurrents toujours à la pointe (produits, services ou design de meilleure qualité, coûts de fabrication très inférieurs…), les conséquences de cette destruction créatrice, même sur des entreprises établies solidement, peuvent être graves : pertes de positions, de marge, déclin, voire disparition (cf. Kodak, Nokia, BlackBerry, MySpace, Motorola…).

 

Repenser l’innovation

Les freins à l’innovation sont légions. A titre d’exemples :

  • manque de vision stratégique et prospective
  • manque de management transversal
  • difficulté à conduire les projets de façon différente
  • incapacité à accélérer le changement
  • favorisation du contrôle, de la gestion, de l’opérationnel au détriment de la créativité
  • poids de l’inertie : rentes, situations monopolistiques…
  • trop fortes institutionnalisation et normalisation des systèmes d'innovation
  • processus rigides, lourdeurs, élitisme, censure, etc.

 

"Si tu fais toujours ce que tu as
l’habitude de faire, tu récolteras
ce que tu as toujours récolté".
Albert Einstein

Force est de constater, que les concepts les plus innovants émergent à la marge, hors des environnements conventionnels.
Dès lors, la grande difficulté c’est qu’on ne peut pas continuer à innover de la même façon qu'avant.

Au niveau macro-économique, pour faire face à cet écueil, des initiatives intéressantes se développent dans différentes régions du monde :

  • actions étatiques en faveur des start-ups pour créer de nouvelles opportunités de croissance en renouvelant les idées et les talents.
    Par exemple, Israël -la « start-up nation »- a déployé des investissements par secteurs spécifiques, fait appel à l’immigration de qualité, mis en place une politique proactive de R&D et de développement des ventes à l’exportation…

 

  • création des "villes de l’entrepreneuriat" comme en Inde, dotée d’infrastructures dédiées à l’innovation technologique.

 

  • écosystèmes collaboratifs sur des technologies d’avenir aux États-Unis, associé à un système d’investissement offensif (cf. la BRAIN initiative promue par Barack Obama sur 10 ans).

 

  • nouveaux modèles alternatifs d’innovation sur le modèle de croissance des pays émergents. Ce qu’on appelle aussi l’« Innovation Jugaad(2) ou frugale », c’est-à-dire faire plus avec moins. Dans un contexte défavorable, il s’agit ici de trouver des solutions ingénieuses et improvisées en utilisant des moyens simples. Souvent ces modèles de rupture génèrent de nouveaux modèles économiques, modes de production et de distribution…

 

  • stratégies de contournement notamment en Afrique, via les télécoms. L’explosion des télécoms entraîne dans son sillage des pans entiers de l’économie du continent. Le smartphone devient un outil à tout faire, contournant l’absence ou la faiblesse de certains services…

 

En somme, chaque pays apporte sa réponse ou cherche sa solution.

 

Réapprendre à innover

Du côté des entreprises, pour adopter une nouvelle vision de l'innovation, des mécanismes ou des méthodes existent :

  • l’open innovation qui permet à de nouvelles énergies venues de l'extérieur d’imprégner progressivement la culture interne de l’entreprise.
    EDF mène ce type de démarche avec des start-up identifiées, tout comme General Electric qui laisse développer ses brevets par d’autres.
    Idem pour Alcatel dans le secteur des smartphones qui a en effet présenté au Mobile World Congress 2014 un téléphone conçu en collaboration avec la société française Sunpartner Technologies à l’origine de Wysips Crystal, un film, photovoltaïque permettant à un appareil de se recharger à la lumière.

 

  • les challenges, ateliers et autres plateformes de partage proposés au personnel avec la réalisation concrète des meilleures idées. Cela reprend le postulat que l’innovation provient de tous les étages de la hiérarchie, que c’est l’affaire de tous.

 

  • « l'intraprenariat » et le « start-up spirit » ou comment identifier et encourager les personnes et initiatives internes permettant à l'organisation de se renouveler et d'aller de l'avant. «Pour demeurer compétitives, elles n'ont pas le choix, tranche Louis-Jacques Fillion. Une organisation qui n'a pas d'intrapreneurs finit par mourir.»

 

  • le « mentoring ». Innover demande expérience et maîtrise de son sujet. Avoir un mentor permet de tirer profit de l'expérience et des connaissances des autres afin d’être capable, à terme, d’apporter des améliorations.

 

  • l’ouverture aux autres « innovateurs », car si la créativité est individuelle, l’innovation est avant tout sociale. Rencontrer des personnes d'autres organisations est un levier puissant d'apprentissage, de réflexion, de partages d’expériences…

 

En définitive, innover, cela s'apprend ou, tout du moins, cela se cultive. Tout le problème des entreprises consiste désormais à être capable de renouveler leur capacité créatrice.
Par là-même, la question du management et du leadership reste centrale pour passer de la créativité individuelle à la créativité collective, pour permettre aux employés de mieux s’impliquer et pour faire de l’innovation une valeur et une réelle culture interne dans l’entreprise.


Yannick HAON


Des formations / des conférences pour aller plus loin :

- L’exigence de l’innovation

- Les Innov’Days, l’innovation en plasturgie

- Approche Lean du développement des produits


(1) L’innovation comprise comme l’amélioration de l’existant, les nouvelles combinaisons de connaissances ou la nouveauté en matière de produits, services et processus…

(2)"Jugaad", mot hindi, se traduit par "une solution innovante, improvisée, née de l'ingéniosité et de l'intelligence", soit une manière de penser et d'agir en réponse à des défis.


 Sources et pistes bibliographiques :

Panorama DQS 2011 - 300 propositions, innovations et curiosités sociales venues de l’étranger, coordonnés par Marie-Pierre Hamel, Sylvain Lemoine et Marie-Cécile Naves, Centre d’analyse stratégique, avril 2012 avril 2012.

8 priorités pour dynamiser l'innovation en France, Association des Centraliens - Think Tank Innovation, Armand Colin, 30 novembre 2011.

"Ces créateurs d'entreprises innovantes", de Clarisse Angelier et Jeanne Courouble, Eyrolles, 8 décembre 2011.

Capitalisme, socialisme et démocratie : Suivi de Les possibilités actuelles du socialisme et La marche au socialisme, Joseph Schumpeter, Payot, 22 novembre 1990.

"Pour une nouvelle vision de l’innovation", rapport de Pascal Morand et Delphine Manceau, Ministère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi, La Documentation française, mai 2009.

Innovation Jugaad. Redevons ingénieux !, co-écrit par Navi Radjou, Jaideep Prabhu, Simone Ahuja et Jean-Joseph Boillot, préface de Carlos Ghosn, le PDG de l'Alliance Renault-Nissan, Editions Diateino, 12 avril 2013.

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