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L'œil de l'expert
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Prix des matières plastiques : bilan du premier semestre 2015 et tendances à venir

Mardi 30 Juin 2015  |  L'œil de l'expert
Prix des matières plastiques : bilan du premier semestre 2015 et tendances à venir

Au cours de la première moitié de 2015, les situations de pénurie de matières plastiques se multiplient et les annonces de "force majeure" s'accélèrent en Europe. Bibiane Arnaud-Barbaza du Service d'Intelligence Economique d'Allizé-Plasturgie explique les causes et les conséquences pour les plasturgistes face à la hausse des prix des matières plastiques et livre une analyse tendancielle sur la deuxième moitié de 2015.

 

Pourquoi les tendances de prix ont-elles basculé au cours de la première moitié de 2015 ?

 

Les variations à la baisse du taux de change de l’euro, bien que positives pour l’industrie européenne en termes d’exportations, ont joué en défaveur des plasturgistes. En effet, l’euro, moins fort, a réduit l’attractivité du Vieux Continent pour les producteurs de matières plastiques. Ces derniers, en raison de leurs exportations rendues plus compétitives par la dévaluation de la monnaie européenne, ont délaissé le marché local.

Or, un évènement inattendu est survenu à peu près au même moment : le prix du baril du pétrole, qui avait déjà entamé sa chute en 2014, est passé sous la barre des 50$ dès le mois de janvier 2015. Cette diminution des prix aurait logiquement dû entraîner la baisse de ceux des matières plastiques, menaçant alors les marges des producteurs. C’est pourtant l’inverse qui s’est produit.

Des arrêts de production inattendus se sont en effet produits chez la plupart des grands producteurs de matières plastiques (Total, Sabic, Inéos, Boréalis, BASF, Repsol…). Plus de trente cas de « forces majeures » étaient recensés en mars. Les forces majeures sont en fait des « circonstances exceptionnelles, étrangères à la personne de celui qui les éprouve et qui ont eu pour résultat de l'empêcher d'exécuter les prestations qu'il devait à son créancier ».

En conséquence, l’offre de polyéthylène (PE), de polypropylène (PP) et de PVC, déjà réduite par les exportations en dehors de l’Europe, s’en est trouvée d’autant plus amoindrie. Cette réduction de la disponibilité de certains polymères a été jusqu’à entraîner des pénuries, voire même des arrêts de productions chez certains plasturgistes européens.

 

Quelles sont les tendances de prix pour la deuxième moitié de 2015 ?

 

Cette série de forces majeures aura sans doute encore des conséquences sur les mois à venir. Les matières les plus couramment utilisées sont touchées : le PE, le PP et le PVC étant les marchés les plus tendus. Le marché du styrène, du polystyrène et de l’ABS subissent ainsi des pressions à la hausse des prix.

La seconde moitié de l’année 2015 sera donc sûrement marquée par un retour graduel de l’offre en matières plastiques et par une stabilisation relative des prix, qui devraient toutefois demeurer très élevés..

Si l’arrivée des vacances permet d’envisager une diminution de la demande de la part des transformateurs et devrait logiquement entraîner une baisse des prix à court terme, les signaux généraux du marché ne permettent pas cependant d’espérer une tendance baissière continue.

En conclusion, les signaux du marché indiquent que la disponibilité du PE, du PP et du PVC pourrait retourner à la normale à partir du mois de septembre. Une stabilisation peut être espérée, mais elle sera dans tous les cas conditionnée par les variations des prix du pétrole. Or, des analyses publiées en juin prédisent de nouvelles hausses…

 

La plasturgie européenne sera-t-elle contrainte de supporter un coût matières sans cesse en hausse ?

 

La situation actuelle du marché du PE apporte une réponse intéressante. Les plasturgistes européens ont, semble-t-il, atteint leur prix plateau et leur résistance à une nouvelle augmentation sur cette matière a eu des conséquences positives. En effet, il semblerait que le marché du PE se débloque peu à peu avec, pour la première fois depuis des mois, une baisse des prix spot. Il faut cependant tenir compte du fait que, dans le même temps, les prix sur les contrats mensuels augmentent toujours…

On observe une situation comparable sur le marché des dérivés du styrène. Si aucune force majeure n’a été déclarée ces derniers mois, les prix de ces matières n’ont pourtant cessé d’augmenter, et ce chez tous les producteurs. En raison d’importations en provenance d’autres régions du monde, les producteurs ne sont donc plus en mesure d’obtenir les hausses qu’ils souhaitent puisque la demande pour leurs produits diminue.

La crise des matières a également entraîné un phénomène exceptionnel : de nombreux plasturgistes européens ont annoncé des hausses de prix sur leurs produits finis. Emil Deiss (sacs plastiques), Linpac (emballage alimentaire), les fabricants allemands de tuyaux, les producteurs italiens de câbles électriques ont, individuellement ou par le biais d’organisations professionnelles les représentant, déclaré être contraints d’augmenter leurs prix.

Dans une certaine mesure, les plasturgistes peuvent résister contre ou répercuter les hausses des prix. Il ne s’agit pourtant là que d’une timide réponse au problème central du marché européen : la toute-puissance des producteurs, telle que démontrée par l’actuelle crise des matières plastiques.

 

Les plasturgistes français doivent-ils voir plus loin que le parc pétrochimique européen ?

 

Les installations pétrochimiques européennes sont, pour la plupart, vétustes et nécessitent des investissements. La demande actuelle exige également une augmentation des capacités de production. Or, les producteurs européens semblent avoir un tout autre ordre du jour puisque leurs investissements se concentrent principalement sur l’Asie.

Dans un contexte de réduction de l’offre, et pas seulement en termes de forces majeures puisque les capacités de production européennes diminuent en raison de fermetures de sites pétrochimiques, les plasturgistes français devraient commencer à envisager d’autres pistes d’approvisionnement. Les Etats-Unis, portés par le boom du gaz de schiste ont, contrairement à l’Europe, vu leur production pétrochimique augmenter massivement.

Or, l’Europe est attractive en raison de ses hauts niveaux de prix pour les résines. Les importations qui viennent aujourd’hui soulager le marché local proviennent des Etats-Unis. En effet, les producteurs étasuniens de matières plastiques bénéficient en Europe de marges plus attractives que celles qu’ils réalisent sur leur propre territoire.

Dans l’optique où les capacités européennes de production devraient continuer à diminuer dans les années à venir et où le prix du baril de pétrole devrait de nouveau chuter pendant la seconde moitié de 2015, les plasturgistes français ont tout intérêt, pour ceux qui le peuvent, à tenter de se fournir à l’étranger. En effet, une nouvelle baisse des prix du pétrole n’est pas favorable aux producteurs qui tenteront, afin de préserver leurs marges, d’augmenter à nouveau les prix des résines, et ce peut-être en altérant les disponibilités.

 

Bibiane Arnaud-Barbaza
Service d’Intelligence Economique d'Allizé-Plasturgie

 


 

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