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L'œil de l'expert
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Réforme de la formation professionnelle : Risque ou opportunité ?

Mercredi 28 Novembre 2018  |  L'œil de l'expert
Réforme de la formation professionnelle : Risque ou opportunité ?

Christophe de Belloy, Directeur du Pôle Formation d’Allizé-Plasturgie, quel est votre sentiment général sur cette réforme ?

C’est une réforme de rupture. L’objectif initial annoncé par le gouvernement passe principalement par le développement de la formation dans les entreprises de moins de 50 salariés, le développement de l’apprentissage, le développement de la formation des personnes les plus vulnérables et des demandeurs d’emploi, enfin par la prise en main par le salarié de son avenir professionnel. Les modèles de l’apprentissage tout comme celui de la formation professionnelle continue sont impactés : on nous parle d’un « Big Bang » !

Il y a une volonté de décloisonnement complet du système de l’apprentissage et remise à plat de son système de financement au travers de la loi du 5 septembre 2018 « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel ».

Le système d’apprentissage d’hier régulé par les Régions n’a jamais pu franchir le plafond de verre de 450 000 apprentis en dépit des déclarations d’intention successives des politiques depuis 30 ans. Atteindra-t-on les objectifs escomptés par le gouvernement ? Je l’espère vivement. Pouvoir demain former 600 apprentis plutôt que les 400 actuellement pour répondre aux besoins de nos industriels me satisferait évidemment !

Mais pour cela, il faut également trouver les jeunes pour rejoindre nos CFA, avec un savoir-être en adéquation avec l’environnement de l’entreprise : sur ce point les attentes de nos chefs d’entreprises sont fortes. Dans notre branche, l’apprentissage est bien organisé et c’est bien les jeunes qui manquent à l’appel. Nous réfléchissons à des dispositifs de montée en compétence plus agiles, plus innovants, plus efficaces. Nous y travaillons depuis plusieurs mois. Cela mobilise de forts investissements financiers et humains du Pôle Formation. Cela exige une mobilisation importante des salariés et formateurs avec des délais courts.

Cette réforme va-t-elle trop loin avec son « Big Bang » des financements de la formation ?

Je reste préoccupé au sujet des conséquences financières de la réforme sur les outils de production de compétences que sont le CIRFAP (Centre Inter Régional de Formation Alternée en Plasturgie) et le CFP (Conseil Formation Plasturgie). Particulièrement nos CFA avec des plateaux techniques nécessitant de forts investissements pour se maintenir au niveau d’excellence requis, par opposition aux formations tertiaires par exemple. Ce point sera aussi un élément crucial des choix d’orientation de développement de notre offre future de services !

Pour ce qui est de la formation professionnelle continue, il faut passer d’une approche d’un modèle globale à un modèle de formations sur mesure. C’est tout l’enjeu. Développer les compétences et la polyvalence des opérateurs en production, valoriser les acquis des collaborateurs, les adapter aux mutations des outils de production : c’est le quotidien des entrepreneurs de PME et celui des DRH de groupes industriels.

Je suis également vigilant sur le volet du financement de la formation continue des entreprises : pourront-elles continuer à former autant à périmètre de dépenses équivalentes à l’avant-réforme (quel volume de fonds mutualisés, quelles modalités d’accès etc.) ? Je porterai également un regard attentif sur la concrétisation de la mise en oeuvre du nouveau Compte Personnel Formation à l’initiative individuelle. Quelle sera la réalité de mise en oeuvre du co-investissement dans ce cadre entre l’entreprise et le salarié ?

C’est un véritable chantier de conduite du changement et de création d’un nouveau business model qui se présente à notre pôle formation d’Allizé-Plasturgie : nos équipes sont déjà sur le pont et nous allons y jeter toutes nos forces ! Nous sommes repartis dans notre analyse et projection de la "raison d’être" de notre Pôle formation de branche. Nous avons été créés par, et pour les industriels. Nous sommes pilotés par des industriels. Nous sommes financés par des industriels. Nous avons un objectif de « production de compétences industrielles » au service de leur développement/ performance et de leur croissance. Nous devons être un centre d’entraînement à l’image des ateliers des entreprise dans la diversité de leurs tailles.

Notre finalité consiste à répondre à la pénurie de main-d’oeuvre des industriels, à leur offrir une réponse de proximité avec un maillage territorial fort, d’être innovant dans les produits que nous proposons, d’anticiper leurs attentes et besoins. Enfin ils nous demandent de former au meilleur coût : ils sont déjà largement mis à contribution et sur ce point la réforme pourrait bien leur en demander encore plus ! Une fois ces éléments posés, nous avons notamment travaillé à partir de la connaissance du terrain et des territoires que nous avons en imaginant un modèle d’innovation pédagogique singulier et agile, en réponse aux nouvelles règles de la formation professionnelle continue qui se dessinent. Pour résumer, il y a des bonnes choses dans cette réforme en matière d’adaptation du contrat d’apprentissage aux attentes des entreprises. Cependant, de nombreux éléments restent encore flous à ce jour dans l’attente de la publication progressive des décrets. Nous pourrons alors en exposer les contours précis et les conséquences associées selon le rythme de publication. Nous ne dérogerons évidemment pas sur la qualité de nos formations en apprentissage qui offrent aujourd’hui un taux d’insertion de 85% des diplômés du CIRFAP. Cette réforme va-t-elle assez loin sur tous les sujets de nos préoccupations ? Je n’en suis pas encore certain. Par exemple, le législateur va-t-il assez loin dans l’adaptation régulière des formations diplômantes au plus proche des besoins industriels ? comme par exemple y répondent les Certificats de qualifications professionnelles de la Plasturgie et des Composites (CQP) développés par la branche ?

En conclusion : nous devrons faire toujours mieux, moins cher pour l’entreprise, au plus près de ses attentes. Nous lui devons bien cela ! La réforme est-elle la réponse adaptée ?

A suivre…

 

Magali Mony, le projet d’innovation pédagogique du Pôle formation est une des pierres angulaires du Pôle formation post réforme, en quoi consiste ce nouveau modèle sur lequel vous travaillez ?


Aujourd’hui nous disposons d’une expertise métier forte et demain nous allons devoir encore plus individualiser la formation et être en capacité d’apporter une réponse surmesure ; à la fois aux entreprises mais aussi aux individus.

Dans cette optique, il nous faut développer des solutions nous permettant d’être plus efficace dans notre réponse au besoin des clients entreprise et stagiaire.

Tous les deux attendent une forte valeur ajoutée du temps passé à se former : pertinence des positionnements, des parcours de formation, gain de temps et de déplacement, nouvelles modalités et rythmique pédagogiques etc. Tout notre dispositif formatif de l’amont à l’aval va être passé au scanner !

Nous sommes donc engagés avec les équipes du CIRFAP, du CFP et un prestataire spécialisé, dans une stratégie pédagogique nouvelle. Cela ne signifie pas pour autant que le « tout digital » ou le « tout e-learning » soit adapté. La formation sur la machine reste le coeur de notre approche industrielle mais elle sera panachée avec autres modalités d’apprentissage pour l’acquisition des compétences professionnelles.

A travers cette évolution, ce sont aussi nos métiers qui évoluent. Par exemple, le métier de formateur demain ne ressemblera pas à celui plus traditionnel que nous connaissons encore aujourd’hui. Nous devons donc accompagner l’ensemble de nos équipes à ces évolutions. C’est un chantier moyen terme que nous avons amorcé.

Du côté entreprise, il nous faudra accompagner les différentes organisations au regard d’approches formatives innovantes. Concrètement, nous devrons pouvoir répondre au libre choix de la commande client, avec un souhait de formation plus traditionnelle ou plus innovante selon son attente, ses moyens et son acculturation aux nouvelles pédagogies. La relation humaine restera dans tous les cas essentielle !

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