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L'œil de l'expert
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La feuille de route pour l'économie circulaire par les acteurs du recyclage

Mercredi 04 Avril 2018  |  L'œil de l'expert
La feuille de route pour l'économie circulaire par les acteurs du recyclage

Le recyclage du plastique reste un défi technique comme économique. L'élaboration de la feuille de route pour l'économie circulaire lancée par le gouvernement est l'occasion pour la France de trouver des solutions.

Dans un contexte où les volumes du plastique mis sur le marché mondial sont encore destinés à croître pendant plusieurs décennies, 50 millions de tonnes de plastique sont consommées en Europe chaque année, mais moins de 30% recyclées. En France, la performance est moindre : un taux de recyclage inférieur à 25%, pour une consommation d'environ 5 millions de tonnes annuelles.

Les dangers de la pollution par les déchets en plastique, qui atteignent les océans via les cours d'eau, sont de plus en plus largement dénoncés. Aussi, les avantage du recyclage de ce matériau d'origine fossiles, dans un contexte de réchauffement climatique et de raréfaction des ressources, ont déjà été prouvés: par rapport à la production de plastique neuf, celle de résines recyclées permet de couper la consommation d'énergie et les émissions de gaz à effet de serre au moins par trois, selon une étude récente.

 

Science et psychologie

Les obstacles que rencontre aujourd'hui recycleurs, plasturgistes et utilisateurs d'emballages concernant le recyclage du plastique sont essentiellement d'ordres techniques et économiques. Les résines mises sur le marché sont extrêmement variées et évoluent en permanence mais leur recyclage est beaucoup plus délicat. Pour être compétitives, les matières plastiques issues du recyclage doivent en effet respecter les standards de qualité et traçabilité de celles vierges, particulièrement exigeants dans certains secteurs comme l'agro-alimentaire. Or, les volumes collectés pour chaque type de plastique sont trop souvent encore insuffisants pour justifier des investissements en recherche et développement et en nouvelles unités industrielles de la part des recycleurs, notamment lorsque les prix du pétrole sont au plus bas, et donc les résines vierges particulièrement peu chères.

A cela s'ajoute l'absence d'une filière de recyclage pérenne et viable a jusqu'à présent poussé les recycleurs à exporter en Chine la moitié des 6 millions de tonnes de plastique triées en Europe.

 

L'éco-conception plébiscitée

L'éco-conception, une conception des produit qui en réduit l'empreinte environnementale et les rend plus facilement recyclables, voire réutilisables, se développe de plus en plus en France. La Fédération de la plasturgie s'est elle-même déclarée demandeuse d'une meilleure coordination, voire d'une"co-conception", entre l'ensemble des acteurs avant toute mise sur le marché.

Une coopération des différents acteurs de la plasturgie est nécessaire d'autant que tous n'ont pas les moyens de développer seul une stratégie d'éco-conception, en effet près de 80% des plasturgistes sont plutôt des entreprises de moins de 50 salariés.

Pour tenir la promesse formulée par le candidat Macron de voir recyclés 100% des plastiques d'ici à 2025, et pour répondre à l'une des principales préoccupations exprimées dans le cadre de la consultation publique organisée en novembre, le gouvernement semble donc décidé à surfer cette vague:

Un moyen d'incitation consisterait dans une modulation de l'éco-contribution payée par les metteurs sur le marché en fonction du niveau d'éco-conception de leurs produits, a suggéré le chef de service adjoint du service produits et efficacité matière de l'Ademe, Roland Marion : une solution déjà testée avec succès pour le papier par Ecofolio.

 

Le frein de la demande en aval

Dans l'optique du développement de l'éco-conception, les recycleurs soulignent la nécessité du soutien de l'état et d'autant plus depuis que la chine à fermée ses portes aux déchets plastiques étrangers.

Plusieurs mesures sont notamment suggérées dans le cadre de la feuille de route pour l'économie circulaire par les acteurs du recyclage :

  • Intégration de davantage de plastique recyclé dans la commande publique
  • Imposition d'un pourcentage minimal de matière recyclée dans certaines résines
  • TVA réduite pour les produits issus du recyclage
  • Contrôle du prix du carbonne

Aujourd'hui, la réglementation va parfois paradoxalement dans la direction opposée: c'est le cas de l'interdiction d'utiliser du PVC recyclé dans les canalisations.

 

Elargir la gamme des plastiques recyclables

Les recettes engendrées par de telles mesures - Brune Poirson les a évoquées parmi les options de la feuille de route - permettraient de mieux financer la recherche nécessaire pour élargir la gamme des plastiques recyclables d'une manière rentable, ainsi que pour accroître la qualité des plastiques recyclés. Veolia compte par exemple investir quelque 400 millions d'euros pour multiplier par cinq ses capacités de recyclage du PHD et de polypropylène avant 2025, notamment dans les "régions les plus prêtes à l'adoption de mesures incitatives", à savoir l'Europe et l'Amérique du Nord, a expliqué Antoine Frérot. En France, pour recycler les 5 millions de plastique consommés, 5 milliards d'euros seraient nécessaires.

En dehors du recyclage matière, et au-delà du débat sur la pertinence de la valorisation énergétique du plastique, d'autres solutions méritent par ailleurs d'être explorées:  c'est le cas du recyclage chimique, rappelle le directeur général d'Eco-emballages, Jean Hornain, mais aussi de la transformation du plastique en biocarburant.

 

Les yeux tournés vers l'Union européenne

A long terme, les restrictions chinoises à l'importation de déchets occidentaux, qui aujourd'hui engendrent un stockage de plastique paradoxal par rapport aux efforts de tri, constituent d'ailleurs plutôt une opportunité pour les recycleurs comme pour les plasturgistes français, insiste la majorité des acteurs. Le producteur de films en plastique ExcelRise, qui commercialise déjà du polythène issu à 100% de la matière recyclée pour l'emballage de pack d'eau, y voit même une "bénédiction" en termes de gisement et donc de capacité à mettre sur le marché un produit "à véritable valeur ajoutée". Les yeux, y compris du gouvernement, restent toutefois aussi tournés vers l'Union européenne, qui doit présenter le 16 janvier sa stratégie plastique dans le cadre de son plan d'action pour l'économie circulaire. "Les choix de l'UE sont importants afin de créer l'effet d'échelle nécessaire" pour le développement du marché du plastique recyclé, a expliqué Antoine Frérot, notamment dans un contexte de marché unique qui impose des standards communs. La Commission, dont diverses directions (environnement, marché unique, industrie, concurrence) travaillent à la stratégie, promet des "mesures inédites" pour que l'Europe puisse "être leader" en matière de recyclage. Eco-conception et soutien à la recherche devraient en faire partie.

 

Avec 20 % de plastiques issus du recyclage en France, les plasturgistes ont encore du chemin à faire pour atteindre les 100 % attendus en 2025. Pour Sébastien PetitHuguenin, vice-président environnement de la fédération de la plasturgie, "les acteurs de la filière ne pourront pas atteindre seuls ce résultat. Nous pourrons au mieux nous engager sur un volume de 40 %" a t-il indiqué, avant de préciser : "La mise en place de moyens économiques sera la condition sine qua non pour atteindre des objectifs plus ambitieux". En attendant, la fédération a confié à IPC, le centre technique industriel de la plasturgie ainsi qu'à d'autres partenaires, le soin de définir des objectifs d’introduction de matière recyclée filière par filière. "Nous les formaliserons ensuite dans le cadre d'un engagement pour la croissance verte qui dessinera une feuille de route et nous permettra de suivre notre progression."

 

Valoriser la tonne de CO2

"La clé de la transition de notre industrie vers le 100 % recyclage passe par la création d’outils incitant à utiliser davantage de matière recyclée dans les plastiques et permettant la transformation de l’outil industriel", a précisé  Florence Poivey, présidente de la fédération. Parmi les mesures attendues, l’attribution d’une valeur financière incitative -entre 40 et 50 euros la tonne de Co2- aux certificats d’économie carbone et d’énergie liés à l’incorporation des matières plastiques recyclées. "Chaque tonne de plastique recyclé produite économise 3,5 tonnes d’émission de carbone", a rappelé Sébastien Petithuguenin qui assure qu’un soutien d'environ 150 euros/tonne produira "un effet incitatif massif".

 

Augmenter la TGAP

La mise en place de mécanismes de financement est aussi attendue comme la hausse de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP), ou la taxation des produits non soumis à la REP et qui n’ont pas de filière de recyclage. "L’augmentation de la TGAP doit porter sur les tonnes qui vont en décharge et à l’incinération, et pas uniquement sur celles qui vont en enfouissement", a appelé de ses vœux celui qui est aussi directeur général de Paprec group, acteur majeur du recyclage en France. "Sinon, nous risquons de passer à côté du développement du recyclage et des combustibles solides de récupération (CSR)."

 

Réindustrialiser la filière

La transformation de l’outil industriel représente l’autre enjeu de la profession. Pour cela, les représentants de la fédération réclament aux pouvoirs publics la création d’un fonds d’investissement de type "grand emprunt" pour aider les plasturgistes à s’équiper en vue d’incorporer davantage de matières premières issues du recyclage. "Nous ne devons pas perdre de temps. Sinon, la transition n’aura pas lieu au cours de ce mandat", a prévenu Sébastien PetitHuguenin qui souhaite également que cette transition soit une opportunité pour les entreprises françaises de se mettre au niveau de leurs concurrentes italiennes notamment.

 

La feuille de route de l'économie circulaire

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